Le marché de l'or en juillet 2026 : les métaux précieux à l'épreuve d'une économie en mutation
Le repli des métaux précieux s'est accentué ce mois-ci, principalement en raison du durcissement des conditions monétaires aux États-Unis. Toutefois, les contraintes structurelles qui limitent l'offre, notamment la disponibilité restreinte du métal physique, devraient continuer de soutenir le marché à plus long terme.
Les facteurs clés derrière l'évolution récente du cours de l'or
Au 1er juillet 2026, le cours de l'or est revenu tester le seuil psychologique des 4 000 USD/oz avant de clôturer à 3 972 USD/oz, soit une chute de 10,4 % en glissement mensuel. Malgré cette correction, le métal jaune affiche toujours une progression de 19,0 % sur un an.
La baisse de l'or s'est déroulée en deux phases distinctes :
- Liquidation des positions spéculatives : le déclin initial, amorcé après le sommet historique du 29 janvier (5 595 USD/oz), s'explique principalement par une liquidation massive des positions spéculatives. Ce mouvement s'est traduit par une baisse des volumes quotidiens d'échange et des positions ouvertes sur le Chicago Mercantile Exchange (CME), un recul des taux de prêt sur l'or ainsi qu'une diminution du biais de volatilité sur le marché des options (option volatility skew).
- Le durcissement de la politique monétaire américaine : plus récemment, la poursuite du repli de l’or s'explique par le resserrement des conditions monétaires aux États-Unis, marqué par la hausse des taux à court terme, des rendements réels obligataires à long terme et du dollar américain. L'or a affiché une forte corrélation négative avec ces facteurs. Au cours du dernier mois, sa corrélation quotidienne s'est établie à -0,77 avec le rendement réel des obligations américaines à 10 ans et à -0,89 avec l'indice du dollar américain (DXY).
Lors de sa réunion de juin, la Réserve fédérale américaine (Fed) a relevé sa prévision d'inflation PCE sous-jacente à 3,3 % (+0,6 point de pourcentage). Alors que le marché des contrats à terme anticipe actuellement un peu plus d'un relèvement de 25 points de base du taux directeur de la Fed, la fonction de réaction de la banque centrale, qui intègre ces projections, suggère plutôt au moins deux hausses de 25 points de base d'ici la fin de l'année.
Indicateurs techniques et éléments de valorisation
- Analyse technique : l'or est passé sous sa moyenne mobile à 200 jours, située à 4 475 USD/oz, dans un contexte de faiblesse persistante des indicateurs techniques. Même si le marché tente de préserver le seuil des 4 000 USD/oz, des supports techniques plus solides sont attendus autour de 3 700 USD/oz, puis de 3 400 USD/oz. Ces niveaux pourraient susciter un retour des acheteurs de long terme, notamment les banques centrales, les utilisateurs industriels et les fabricants de bijoux.
- Valorisation : l'or a chuté de 28,4 % depuis son pic de janvier, mais il évolue encore environ 17 % au-dessus de sa tendance de long terme observée depuis le début des années 2000, en termes réels (corrigés de l'inflation américaine mesurée par l'IPC). Sa juste valeur est estimée à 3 450 USD/oz. Malgré cette correction, entre 2000 et 2026, l'or a affiché un rendement annuel composé réel de 6,6 %, soit 9,2 % en termes nominaux après prise en compte de l'inflation moyenne américaine.
- Mint Ratio : le ratio or/argent a culminé à 121:1 pendant la pandémie de COVID-19, avant de retomber à 45,9:1 en janvier. Il s'établit actuellement à 69:1, soit très proche de sa moyenne post années 2000, ce qui suggère que la valorisation relative de l'or par rapport à l'argent ne présente pas de déséquilibre marqué.
Malgré l'abaissement par le CME de la marge sur les contrats à terme sur l'or, ramenée de 6 % à 5 % fin mai, les volumes d'échanges se sont effondrés. Au cours de la quinzaine précédant le 30 juin, les échanges se sont établis en moyenne à 155 000 contrats, soit 69 % de moins qu’à la fin janvier. Les positions ouvertes détenues par les investisseurs non commerciaux sont tombés à 339 300 contrats, leur plus bas niveau depuis plusieurs décennies.
Depuis le début de l'année, les stocks de lingots approuvés du COMEX ont diminué de 270,4 tonnes, pour s'établir désormais à 857,2 tonnes. À l'inverse, les réserves d'or détenues dans les coffres de la Banque d'Angleterre ont progressé de 506 tonnes depuis leur point bas d'avril 2025, pour atteindre 5 491,6 tonnes. Quant aux ETF adossés à l'or, leurs avoirs ont diminué de 72,7 tonnes au cours du mois clos le 26 juin : cette baisse a effacé la quasi-totalité de la progression enregistrée depuis le début de l'année, désormais limitée à +23,6 tonnes.
Autres métaux précieux : que se passe-t-il sur les marchés de l’argent et du platine ?
Le repli a été particulièrement marqué sur les marchés de l'argent (-20,8 % sur un mois) et du platine (-17,0 % sur un mois).
L'argent sous pression
Le cours de l'argent a chuté à 57,55 USD/oz. Il conserve néanmoins une progression de 59,6 % sur un an. Le métal évolue désormais sous sa moyenne mobile à 200 jours (69,35 USD/oz). Les indicateurs techniques suggèrent une situation de survente, tandis que les investisseurs spéculatifs renforcent leurs positions courtes. Après l'impressionnant rallye de 2025, au cours duquel son cours avait été multiplié par plus de quatre en douze mois, l'argent a depuis corrigé de plus de 50 % par rapport à son sommet historique du 29 janvier.
Cette correction s’explique par le relèvement des exigences de marge sur les contrats à terme, qui a freiné l'activité sur le marché en réduisant à la fois les volumes d'échange et les positions nettes des investisseurs spéculatifs. La demande a également souffert du relèvement des droits d'importation en Inde, passés de 6 % à 15 % : en mai 2026, les importations indiennes d'argent ont chuté à seulement 1,06 million d'onces, en recul de 94 % en glissement annuel. Le marché des produits dérivés demeure orienté à la baisse : le taux de prêt à un mois est redevenu négatif, tandis que le biais de volatilité des options à un mois (25-delta) indique une préférence de 6 % pour les options de vente (puts).
Les stocks physiques disponibles montrent toutefois des signes de stabilisation. Les stocks d'argent approuvés du COMEX ont diminué de 208,4 millions d'onces depuis leur pic d'octobre 2025 à 531,9 millions d'onces, mais cette baisse semble désormais marquer le pas. De même, les stocks d'argent détenus par la LBMA (London Bullion Market Association) s'élèvent désormais à 887,7 millions d'onces, soit une baisse de 6,7 millions d'onces depuis fin 2025. Après plusieurs années de déficit structurel de l'offre, une reprise même modérée de la demande pourrait rapidement mettre sous tension les stocks disponibles et favoriser une nouvelle hausse des prix.
Le déficit structurel du platine
Le platine a reculé à 1 542 USD/oz (+14,2 % sur un an). Le faible intérêt des investisseurs se reflète dans les sorties des ETF : les fonds adossés au platine ont enregistré des retraits estimés à 93 000 onces en juin, principalement aux États-Unis, portant les sorties depuis le début de l'année à 590 000 onces. Les stocks du COMEX ont diminué de 43 700 onces en juin (-243 800 onces depuis le début de l'année), tandis que l'intérêt ouvert sur le CME a reculé de 31,3 % depuis le début de l'année. Le taux de prêt du platine à un mois reste stable, autour de 5,25 %.
Malgré des perspectives macroéconomiques défavorables à court terme, le World Platinum Investment Council (WPIC) anticipe, dans ses projections à cinq ans, un déficit structurel important à long terme.
- Une offre stable : l'offre totale devrait s'établir en moyenne à 7,47 millions d'onces par an jusqu'en 2030 (dont 5,55 millions d'onces issues de la production minière et 1,92 million d'onces provenant du recyclage), soit une croissance quasiment nulle.
- Une demande en mutation : le recul progressif de la demande automobile devrait être compensé par la hausse de la demande industrielle dans les secteurs du verre, des équipements médicaux et des piles à combustible à hydrogène. La demande liée à la joaillerie et à l'investissement (notamment pour les lingots et pièces chinois) devrait rester stable.
- Des stocks en diminution : ce déséquilibre structurel devrait entraîner une réduction progressive des stocks disponibles d'ici 2030. Selon le WPIC, la liquidité actuelle du marché est temporairement soutenue uniquement par les liquidations d'ETF à caractère spéculatif.
L'offre minière d'or face à des contraintes structurelles
La production mondiale d'or a atteint un niveau record de 3 816,8 tonnes en 2025 (+2,0 % sur un an). Pour autant, la croissance de l'offre reste exceptionnellement limitée : depuis 2018, la production minière n'augmente en moyenne que de 0,4 % par an.
En 2025, la Chine s'est classée au premier rang mondial de la production d'or avec 384,3 tonnes, devant la Russie (345 tonnes) et l'Australie (293,2 tonnes). Toutefois, ses réserves estimées (3 200 tonnes) restent largement inférieures à celles de l'Australie (13 000 tonnes) et de la Russie (12 000 tonnes). Les ajustements récents de Metals Focus, qui ajoutent 621 tonnes liées à l'exploitation minière artisanale et à petite échelle (ASGM) depuis 2015, ne font qu'augmenter l'estimation du stock d'or déjà extrait, sans modifier le rythme tendanciel de croissance de la production.
L'industrie minière reste confrontée à plusieurs contraintes structurelles :
- Des découvertes plus rares et de plus petite taille: selon S&P Global, aucune découverte majeure n'a été réalisée en 2023 et 2024, tandis que la plupart des nouveaux gisements recensés correspondent à des gisements découverts il y a plusieurs décennies. La taille moyenne des découvertes est passée de 7,7 millions d'onces sur la période 2010-2019 à seulement 4,4 millions d'onces entre 2020 et 2024.
- L’envolée des coûts d’exploration : les coûts implicites liés à la découverte de nouveaux gisements augmentent de manière exponentielle depuis la fin des années 1990, ce qui signifie qu'il faut désormais consacrer beaucoup plus de temps et de capitaux pour identifier des ressources de moindre ampleur.
- Le recul des investissements : face à un contexte plus incertain, les producteurs privilégient le développement des ressources déjà identifiées plutôt que de financer de nouveaux programmes d'exploration. Les dépenses d'exploration, corrigées de l’inflation, ont ainsi chuté de 55 % depuis leur pic de 2012.
Conclusion
Si la politique monétaire restrictive de la Réserve fédérale et la vigueur du dollar américain restent des facteurs défavorables à court terme pour les métaux précieux, les fondamentaux de long terme demeurent soutenus par la rareté structurelle de l'offre. Si les conditions monétaires venaient à se détendre, les contraintes pesant sur la production minière mondiale, les déficits persistants de l'offre et la baisse des stocks disponibles pourraient alimenter une nouvelle progression des métaux précieux.
Restez informé
Pour suivre l'évolution du cours de l'or et des tendances du marché, téléchargez notre rapport mensuel sur l'or (en anglais).
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